Un an et toujours en selle

Anniversaire pour MDTF! Un an déjà. Et même si l’on a bien mordu la poussière une ou deux fois, toujours en selle pour un nouveau tour de manège. Pas de quoi se réjouir, l’année est passée si vite: Adaptation, nouvelle culture, nouvelle cuisine, nouvelles règles sociales et professionnelles. Le corps accuse. Un an de tortillas, de cecina, d’arrachera, de guacamole, de piments…un an de tamales, de mole, de jalapeno…un an de tequila et de valle de guadalupe, un an dans une maison toujours sale, un an de découvertes, Acapulco, Veracruz, Cancun… une opération pour hernie, une grippe porcine, et l’arrêt de la clope… Le corps accuse. L’altitude, la pollution, le trafic, les horaires a la con, une putain de bureaucratie, et ce “ahorita” que je ne supporte plus. Au fond, j’ai changé. J’ai quitté mon petit monde douillet d’Européen râleur pour un monde sauvage, brutal,sans pitié, et je m’y suis adapé. Il est temps donc de relire les posts de l’année dernière pour voir si le ton a changé. Je crois que oui. Il a mûri.
j’accuse…

Quelle expression étrange. “Le boxeur accuse a la pesée, 86 Kg!…”
C’est évident, mes quelques semaines d’arret maladie, ont laissé des traces. Plus que la maladie elle meme, c’est plutot le changment d’habitudes qui a profondement modifié ma facon de vivre. Je n’avais pas le choix, il fallait se rendre a l’évidence ce n’était plus posible de se laisser glisser irréversiblement. Douce irresponsabilité…Alors, oui, la balance accuse! Elle raconte l’histoire de ces dernières années d’expatriation: La chine, et ses excès, le Mexique et ses galères. La Chine a été le début d’une longue, et lente chute. Le Mexique a tout achevé. La balance accuse.”quatre vingt six kilogrammes, monsieur, il y en a un peu plus, je vous le met quand meme?…”
Alors pour ne pas tomber plus bas, et tel le Forest Gump moyen, je cours. Je cours et j’oublie. La bonne nouvelle…
Grippe type A mexicaine: Je soigne ma pneumonie de retour à la maison…

Le docteur entre dans ce qui est devenu mon univers depuis 4 jours. 4 jours, 4 murs, une horloge qui égraine les secondes et un crucifix à sa droite. Minimaliste. Le toubib se déplace en permanence avec une troupe de jeunes qui ne disent jamais rien. Il semble régner sur ces sujets qui boivent ses paroles. Étrange. Il se la joue docteur House. Parle peu, veut paraître sur de lui. Il me demande si j’ai mal quelque part. je m’assoie dans le lit. il dégaine son stéthoscope et me demande de respirer. Il écoute vaguement à gauche, à droite… C’est un homme pressé, on peut le comprendre, il en voit de toutes les couleurs depuis une bonne semaine. Il dit ” ouaip…c’est mieux. tu peux rentrer chez toi”
C’est mieux?? ça veut dire quoi c’est mieux? putain. moi je veux pas du “c’est mieux”. Je veux du “vous êtes guéri mon cher” , mais ça c’est trop demander. Il me glisse une bonne dose d’antibiotiques et un chapelet de précieux Tamiflu, tourne les talons et s’engouffre par la porte de la chambre avec toute sa petite coure. Silence. La pompe du cathéter soupire, l’horloge laisse filer quelques secondes nerveusement, et le crucifix s’en moque.
Je suis tout de même soulagé de quitter cet endroit, pouvoir revoir les miens, même si le papier dit que je ne peux les serrer dans mes bras avant une dizaine de jours. psychose. Je veux juste dormir dans mon lit sans être réveillé toutes les deux heures par des infirmières stressées. Je suis épuisé. Besoin de calme, de lire, de travailler mes photos. Les médias français en mettent une couche sur les élevages de porcs ignobles à Veracruz… C’est là-bas que j’aurais pu attraper cette saloperie ? qui sait, mais je ne peux m’empêcher de garder un excellent souvenir de ces vacances dans cette jungle énorme. Un gros bisou virtuel à tous, celui-là n’est pas contagieux…
Je teste pour vous: pneumonie en pleine crise de grippe porcine au Mexico DF…

Sixième étage. Hôpital,Polanco. Ni une ni deux, je me retrouve a poil, Lit blanc. La radio est pourtant claire mon grand… Tu as une méchante pneumonie. Pas de doutes… Du coup , c’est le déballage de l’artillerie lourde. Le spectre du A/N1H1 plane,les blouses blanches s’agitent.On discute la stratégie, et on administre la totale : antibios et antiviraux…Pour une fois ce fut bref, voire efficace. Sans vraiment comprendre ce qui se passe, me voilà intubé et cloué au lit. Et maintenant quoi? Je n’ai rien demandé moi….
On ne sait pas vraiment. On doit attendre. Ça ne me donne pas beaucoup de grain à moudre. L’ambiance est électrique, ma chambre est mise en quarantaine, on m’exclut. Me voilà tout seul dans le grand huit de mes peurs les plus primaires. Et c’est parti pour un tour, ça va secouer c’est sur !
Panique à Mexico. Toutes les écoles ont renvoyé leurs morveux à la maison, les lieux publics sont fermés,le DF devient ville morte. Je regarde la ville depuis mon lit. Impuissant. Le gouvernement semble prendre la chose tres au sérieux. Moi aussi, pour le coup. Putain, qu’est-ce qui va se passer?? Les premières news sont alarmantes, le journal spécial du soir titre : “gripa mortal” Je ne veux pas, mais c’est trop tard. J’y suis et je dois surmonter une angoisse impressionnante, et me taper celle des autres…
Alors, on pense à la mort. On a envie de pleurer. On se dit que c’est trop injuste. Mais personne ne peut se satisfaire de ça. Heureusement, l’homme moderne a inventé la télévision, et je l’avoue bien volontiers j’ai essayé, de me suicider à la telenovelas. Ça fait passer le temps…éviter de trop gamberger. Que faire d’autre? repasser sa vie? se demander ce qu’on aurait pu faire autrement? On n’est pas dans une comédie américaine, on est dans la réalité.
Heureusement, le téléphone sonne et je reçois des encouragements. J’y suis très sensible, encore envie de pleurer. Rassurer, profiter de ces contacts. Et mes enfants? Ma femme gère comme elle peut la pauvre. Elle est toujours avec moi, toujours. On se sent horriblement coupable alors que paradoxalement on n’a rien fait…Pour les contrôles freak modernes, être laissé sans absolument aucun contrôle sur la situation est la punition ultime. On doit s’y soumettre, et enfin, la perspective et les priorités dans la vie changent. Je pense à mes parents encore plus impuissants de l’autre coté de l’atlantique, à mes frères… Je vous aime tous si fort.
Déjà trois jours que je suis ici. Mon corps me fait mal. Je suis fatigué. Il paraît que je rentre demain à la maison…
Dans la jungle de Veracruz

Voyager jusqu’a l’état de Veracruz, s’enfoncer délibérement dans une jungle tropicale. Un autre reve de gosse. Il faut se planter du coté de Martinez de la torre, au nord de l’état, se balader dans les rues du pueblo, s’autoriser une “Negra modelo” bien fraiche a un coin de rue. Laisser la grosse au bar t’appeler “gringo”, laisser dire… Il faut suer sous cette humidité constante, et la chaleur écrasante, la raison de cette nature exhuberante. Deanhambuler jusqu’a la quinquaillerie la plus proche, se frayer un chemin dans la jungle de brouettes et de pioches et s’acheter une machette de planteur de bannanes. La grande celle qui tranche dans le babou le plus epais sans bavures. En profter pou acheter l’etuis en peau pour l’accocher a la ceinture et se sentir le roi arthur pret a en decoudre. Il faut se perdre dans cette jungle des la sortie de la ville: bananes ,palmier, cocotiers, bambous, dense. Tailler la route a la machette, en mettre un bon coup dans le premier cocotier. Degager d’un tranchant franc le suculant lait de coco, s’en foutre partout en la buvant…Il faut se faire bouffer par les moustiques, mechament, manger des mangues sur l’arbre. Decouvrir l’arbre a papailles…en passant par des vallées ou coulent une eau critalline.Veracruz comme un pays de cocagne, rempli des fruits les plus sucrés, dans une vegetation dense, intense. Vivante, riche en fleurs, en lezards, en putains de moustiques…
Il ne faut pas en revanche,perdre son temps a faire une virée sur la costa esmeralda…Sauf si on veut se faire une idée des vacances sur une plage apres un desastre petrolier: une foule se roule dans un sable noir et colant, terrifiant, post nuclaire…
Riviera Maya, sous le soleil exactement…

Paamul, au sud de playa del carmen, il reste des endroits vierges, tranquilles, dans ce pays, ou l’on se prend a rever que tout n’est pas si compliqué…sous le soleil exactement.
On the road again 18 (in the air…)

Prendre un peu de hauteur, un peu de recul. J’en ai bien besoin…




