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Telenovelas

mai 13, 2008

La télévision pleure.

Ca fait plusieurs heures que la camera fait des gros plans sur les visages des acteurs au moment critique où tout bascule dans un scénario bien rodé. Ingrédients ? amour, gloire, beauté, vengeance, honneur… même si la plupart des telenovelas sont sud américaines, le peuple ici en raffole. Les feux de l’amour à coté c’est les teletubbies… Là c’est du costaud : les acteurs ont la chemise largement ouverte sur un torse bien bombé, les cheveux dégoulinants de gel, un peu trop longs dans le cou…Genre footballeur qui ne joue pas au foot. Les actrices sont à hurler de rire. Maquillage style Jeanne Mas, bien années 80. Les scénarios sont presque toujours des caricatures des marivaudages de théâtre de boulevard sans les portes qui claquent et avec une touche de Tequila. J’adore. C’est sentimental à mourir, il y a toujours des histoires de mensonges et de trahisons. Sur le plan sociologique c’est stupéfiant. Les hommes sont toujours représentés super virils voir macho, et les femmes sensibles voir vénales. Un mélange un peu effrayant, mais instructif. Les séries durent des années… Le Mexicain au fond est un grand sentimental, sous le gel, la plage…

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Rent a pitbull

mai 11, 2008

Ça y est, j’ai le business plan parfait pour régler les problèmes d’insécurité en ville de Mexico. Pourquoi payer pour un onéreux garde du corps qui, armé d’un flingue ne sera sûrement pas aussi affectueux qu’un toutou à poils ras ? Voilà le plan : un service exclusif de location de chien à mâchoires dissuasives. On commande le clébard sur Internet avec un service VIP de livraison à domicile. On peut choisir la laisse : Vuitton, Hermes, Cartier, pour aller avec la Rolex. Ensuite on peut se promener à l’aise, le canin la bave aux lèvres vous assure une ballade tranquille. Il monte dans le coffre de la voiture, ne salit pas les sièges en cuir de votre limousine. Côté conversation vous êtes tranquille, et côté émotionnel, pas trop de surprises : le pitbull ne se pose que très peu de questions. Avec un QI a bouffer du foin, mais d’une loyauté bien supérieure à l’humain, le canidé attaquera au risque de sa vie n’importe quel malfra sans demander de pourboire. La situation idéale. Ok, le pitbull a une facheuse tendance à truffer votre jardin de déjections, mais c’est un bien pour un mal…Il est cependant déconseillé aux familles nombreuses avec de jeunes enfants, puisque le chien risque de bouffer en priorité les niards. Un léger inconvénient. La solution parfaite n’existe décidément pas… Bon je rentre aujourd’hui en Suisse après un mois dans la mégapole, un retour bien salutaire pour mon corps et mon esprit. Dans un mois, c’est la transhumance familiale, tout le monde va débarquer sur le continent Aztèque et partager en famille ces aventures qui s’annoncent riches en rebondissements. Que le serpent à plumes nous protège de notre méchanceté de pitbull et de nos aprioris stupides.

 

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La vengeance de Montezuma

mai 10, 2008

Le serveur apporte le Molcaretes et le pose avec précaution au milieu de la table. Un résumé de Mexique. Un creuset de pierre volcanique noire et poreuse. Brûlante. Le volcan sous nos yeux d’où s’élève une douce promesse de mauvais cholestérol, semble plutôt appétissant avec ses couleurs oranges, rouges, et vertes. J’ai choisi la version fromage et chorrizo… Le tout baignant dans l’habituelle sauce pimentée qui pique les yeux rien qu’en la regardant. Le mélange mijote gentiment. « -attention c’est chaud ! » dit le serveur prévenant. Tu m’étonnes. Je ne comptais pas, de toute façon, prendre le volcan à pleines mains pour en ingurgiter le contenu bouillant version banquet des fins d’album d’Asterix. Je me lance.

La première bouchée est bien goutue. Le gras stimule les papilles de façon agréable. Mais le plaisir est de courte durée. Très vite monte l’anesthésie locale du piment. Merde, ça y est, je ne sens plus ma langue, j’ai la gueule en feu. Vite ! la bière pour éteindre l’incendie. Une goutte de sueur perle doucement sur mon front. Je le sens. Et je regrette déjà. Éteindre le volcan à la bière, était une mauvaise idée… C’est un peu comme jeter de l’huile sur le feu. Trop tard. J’ai perdu toute sensibilité buccale…Déliceuse perte des sens…

Il faut se gaver de tacos pour espérer ressentir autre chose que le feu du volcan dans la bouche. Mon estomac se serre. Je ne digère pas cette nourriture pimentée. C’est le refus systématique. Je suppose que c’est comme lors notre aventure précédente en Chine, où il a fallu passer des heures aux toilettes pour s’habituer au riz… Ici au moins pas de temps perdu sur le trône…Et c’est là qu’intervient le deuxième effet volcano…Ça brûle à l’entrée comme à la sortie. Les locaux appellent ça : « la vengeance de Montezuma » et ça les fait beaucoup rire…

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fourmilière

mai 9, 2008

L’herbe est bien verte.

Le vert du RGB.

Celui des tubes cathodiques. 

Je ne distingue pas bien parceque je suis fatigué. Lessivé. Je crois qu’ils sont en short. Ils sont minuscules comme des fourmis, ils s’agitent comme la fourmilière qu’a découvert Paul l’autre jour. Tout se mélange. Il y en a en des bleus, qui se démènent dans tous les sens comme quand on trifouille la fourmilière avec un bâton. Il y en a d’autre blancs. Ils sont pas mal non plus. ils se bougent avec frénésie. Ils courent après une balle, je le vois bien. Mais ça n’a pas de sens. Dehors il fait nuit et les voitures défilent inlassablement sur ce bout d’autoroute alors que sur l’écran de télé il fait grand soleil. Merde c’est un match en différé. quelle différence de toute façon… Ce jeu perd de son interet quand on ne connais pas l’équipe locale et que la télé n’a pas le son et surtout quand elle est a l’autre bout du restaurant désert. Mais comme un con je la  regarde. Attiré par les couleurs qui bougent. Dans tous les restaurants pouraves Mexicains il y a au minimum une télé. Au cas ou faire la discussion à madame devenait moins interressant qu’un match de coupe du monde ou Platini n’avait pas un gros bide et une cravate… Comme une affiche d’un spectacle qui à eu lieu il y a bien longtemps et que l’on a oublié. Quand le spectacle est terminé l’affiche perd sa raison d’être. Et moi je me retrouve en pénitence dans ce motel de merde. Le spectale s’est interrompu et je me retrouve entre mes deux autouroutes à taguer mes pensées. Viva el tango! La tecktonik n’a pas encore lobotomisé ce coté de la planète, réjouissons nous. Adaptons nous. Gig dirait: “Michel! sort de ce corps…”

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La bohème

mai 8, 2008

 

Une fois passé le choc de l’arrivée et commencé a digérer, le corps s’habitue à la fraîcheur de la bière, à la chaleur du piment dans la nourriture. Et avec un peu de recul on peut enfin sortir la tête de l’eau. Relativiser. Après avoir exploré DF de long en large, une fois accepté que la grosse artillerie policière fait partie du décor, on peut s’accorder un moment de détente. Le quartier s’y prête. À l’ombre de rues protégées du soleil brûlant par de longues rangées d’arbres, les terrasses se remplissent du côté de Condesa. La bière aidant on réalise le patrimoine culturel énorme de ce pays qui n’est pas uniquement cette transition capitaliste douloureuse. On peut se Laisser aller à rêvasser confortablement installé à la terrasse d’un café. Les vieux réflexes des ramblas de Barna ou de notre vie à Saint germain des prés reviennent. C’est comme la natation ou l’équilibre en vélo, ça ne s’oublie pas. Et l’on passe son après-midi à raconter ses aventures en essayant de se convaincre que tout cela n’est finalement pas si terrible. Les gens sont décontractés, c’en est presque déconcertant. déjà une semaine que nous hallucinons en cœur avec Eva, doucement, à se faire notre petit espace. La negra modelo est convaincante. Cette bière puissante calme nos angoisses d’enfants, notre peur de la mort et anesthésie nos jambes. Marcher toute la journée à cette altitude en fumant des clopes use le corps… Las de ce combat contre nos peurs, nous laissons un moment nos aprioris pour apprécier ce moment de repris a ça juste valeur. Ce quartier un peu bohème sera notre QG contre le cafard c’est décidé. Ça tente quelqu’un ?

 

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Le business de l’insécurité

mai 7, 2008

28 degrés. Une température agréable pour se promener du côté de Polanco. Presidente Masarik. Le rodeo drive de Mexico, Les  champs Elysées de la mégapole. Boutiques de luxe, banques, tout y est… Les grands arbres de l’avenue offrent une ombre agréable aux piétons en cette fin de journée. Plus on remonte l’avenue plus on croise de gardes de sécurité. Ils arborent la tenue complète de GI joe…Le treillis noir est de rigueur, avec dessus le seyant gilet pare balle et la cartouchière… La police semble avoir adopté le même style à la rambo, sauf qu’ils préfèrent patrouiller dans d’énormes voitures dont la sirène se met parfois à hurler. Fusil automatique bien en vue, la main sur leur arme de guerre. C’est agréable, accueillant. Ca ne rassure qu’à moitié. En ce week end de pont du premier mai, la capitale s’est vidée de sa population et probablement de ses criminels du même coup. Ne restent alors à poste devant chaque magasin ou chaque restaurant celui qui a perdu à la courte paille ce week end et à gagner le droit de rester de garde en plein cagnard a protéger la vendeuse siliconée d’un magasin de lunettes. La ville déserte n’est animée que par des agents de sécurité un peu désœuvrés en ce jour de fête du travail. On prend conscience alors de leur nombre et de la dérision de leur tache. Il y a autant de gardes devant un magasin de fringues que devant une banque, indifféremment. D’accord les costards sont vendus à prix d’or dans cette avenue mais quand même… La promenade prend des allures de ville assiégée. Le soleil descend sur l’horizon. Les rares badeaux continuent à se balader tranquillement. 20h30 la nuit tombe vite en ville. Les rues deviennent sombres. Et l’on se demande comme dans le film « I am legend » où à la tombé de la nuit le héros doit se barricader chez lui sous peine de devoir affronter une horde de zombies assoiffés de sang, si l’on doit se mettre nous aussi a l’abris. Arf. Un panne d’électricité plonge le quartier mal éclairé dans une obscurité flippante.  Où sont les zombies ? Ce déballage de force n’inspire aucune sécurité. Mais je me demande si un jour, la violence venait à cesser dans cette ville que deviendrait cette armée de cowboys ? Pas de doute la peur emploie une tranche non négligeable d’agents de sécurité, de grades du corps et de policiers qu’il faudra bien reconvertir en plombiers ou facteurs. On est pas prêt de sortir de l’impasse. Pas de doutes ici l’insécurité paye son homme.

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Les coureuses

mai 6, 2008

La femme qui me tend une main pleine de bagues n’est plus très jeune. Elle masque son age a grand renfort de couleur sur ses paupières fatiguées. Mais ses mains molles et ridées ne trompent pas, Son sac Vuitton usé lui aussi accuse l’age et les kilomètres. Notre coureuse est dans le business depuis longtemps, c’est sûr. Ses mains expertes ouvrent la porte d’entrée. « Mucho gusto »… Moi aussi enchanté. Pourvu que la maison que tu vas nous faire visiter ma cocotte soit moins pourrie que toutes celles que l’on vient péniblement de nous monter. « Le marché est difficile… »bla bla bla. Nous comprenons. Ou plutôt faisons semblant de comprendre poliment. Merde. La maison est comme la coureuse, défraîchie, on a mis parfois un peu de peinture sur les murs pour cacher les traces du temps. Comme sur ses paupières qui se promènent encore une énième fois sur ces pièces tristes. Les salles de bain sentent le moisi, le sol imitation bois gondole un peu… »pura madera señor ». Bien sûr… Elle me prend pour un idiot, a ne pas savoir faire la différence entre un parquet en bois et une merde de parquet flottant en plastique à 10 pesos le mètre carré. Un scorpion traîne dans une pièce…Gage de salubrité sans doute… Les décos sont douteuses, comme en Chine, le goût des propriétaires est souvent d’une autre planète. La fontaine genre resto chinois au milieu de l’entrée est là pour le rappeler. Sûrement pour améliorer le coté Feng Shui de la maison.

Eva se hasarde à demander le prix de cette maison froide et vide… « 4000 USD, señor ». Elle nous dit ça sans trembler. Avec le regard assuré de la coureuse de fond qui pratique le marathon de relocation catégorie vétéran. On ne bronche pas. Toutes les maisons étaient à ce prix de toute façon aujourd’hui.

Encore une fois nous sommes gagnés par ce problème de l’expat « porte monnaie » un peu trop con pour compter son fric et qui payerait n’importe quel taudis une fortune. Eva me regarde doucement en souriant tout en demandant à la coureuse si les charges incluent un jardinier. Vu l’état du jardin de toute façon, ce n’est pas d’un jardinier dont nous avons besoin, mais plutôt d’un bon paquet de dynamite pour raser cet endroit et sur les cendres reconstruire quelque chose de décent. Pas d’isolation ? « ahh no señor, aqui no hace frio ! » Mon cul qu’il ne fait pas froid ici. On va se les peler comme en Chine. Passons. Il faut comprendre qu’ici les maisons n’ont rarement plus de 3 chambres, et quand nous demandons où mettre le bureau, les sourcils dessinés au crayon de la coureuse se soulèvent en une sorte d’expression qui fait vaguement penser à de la surprise : « ¿como ? impossible aqui en Mexico ». Pas possible. Par contre elle nous montre avec une délicieuse attention la chambre de la « muchacha de planta » la bonne qui devra se contenter de 3 mètres carrés derrière la machine à laver…

La disposition des pièces est surprenante. Il y a toujours un « ante comedor » et un « comedor ». En gros, une pièce avec une table et des chaises pour manger, et une autre contiguë avec des chaises et une table pour manger aussi, mais avec les amis que l’on se doit de recevoir semble-t-il ici. Un concept étrange. La visite se termine à grands renforts de bla bla censé justifier le tarif exorbitant. Nous opinons du chef à la chinoise. Poliment. Trouver un nouveau nid est toujours trop d’émotions pour n’importe quel expat. Une épreuve longue où les coureuses ont plus d’endurance…Pour cette maison en tout cas, elle peut toujours courir…

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Autocensure

mai 6, 2008

L’air est électrique. Le paseo de le Herradura écoule doucement son trafic vers la mégapole. La route cabossée se fraye un chemin sinueux entre les hauts murs aux couleurs vives  des villas de ce quartier chic. Notre chauffeur navigue en habitué dans cette circulation frénétique. Soudain débouche d’une ruelle deux énormes chevrolet suburban noirs. Les monstrueux 4×4 foncent à notre hauteur. Le chauffeur ralentit. Les vitres noires ouvertes laissent entrevoir le regard noir profond du garde du corps de la seconde voiture. Mon sang se glace. Croiser ce regard un instant et nous voilà dans une autre réalité. Un regard mêlé d’angoisse et de haine. Le temps de réaliser et déjà les deux voitures filent devant nous en prenant soin d’occuper les deux voies de la route, légèrement décalée pour que personne ne s’aventure à les dépasser. Loin de nous cette idée…

 Et soudain on se prend à comprendre qu’écrire dans un pays démocratique comme le Mexique paraît plus dangereux que la censure. On réalise vite que l’on craint plus les représailles que le veto d’un gouvernement central. Éviter les dommages collatéraux. L’autocensure serait donc bien plus pénible que les interdits réels vécus en Chine ? Bien sûr mon modeste blog n’a pas la prétention de révolutionner le pays, mais jusqu’où peut-on aller sans heurter une sensibilité qui semble à fleur de peau? Je pensais que d’avoir mon blog censuré en Chine était une atteinte à ma liberté d’expression et je trouvais, bien entendu, cela révoltant. Mais il y a une différence nette entre être révolté et être bien amoché… le proverbe si souvent appliqué en Chine, semble encore plus sage ici : »pour vivre heureux vivons cachés ». 

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Les Playmobiles

mai 4, 2008

Ils ne bougent pas. Impeccables.
Ça me fascine. Je n’ose pas trop regarder, de peur qu’ils ne me remarquent. On ne sait jamais mon irrésistible envie de toucher, comme lorsqu’on a envie de vérifier si une plante est naturelle ou en plastique, pourrait être mal interprétée. Indiscutablement il s’agit d’un phénomène culturel. Ça lui donne un air impressionnant. Mouillé mais sec. Parfait en toutes circonstances. Si noirs, si lisses.
Quelle mode étrange.
A chaque nouvelle expatriation il faut réapprendre les codes, comprendre à nouveau les choses qui comptent, ce qui est “in” et ce qui ne l’est pas pour chaque société. On apprend souvent ces choses à ses dépens d’ailleurs…
Curiosité quand tu nous tiens.
Au Mexique, le gel pour les cheveux s’achète par pots énormes de deux kilos. Impressionnant. La coiffure à la mode Mexicaine ressemble à la coiffure amovible en plastique des playmobiles. On pense alors le bébé toujours sorti de sa douche, le poil lisse, noir et humide. Impeccable. La coiffure mexicaine masculine est tout un art. Ici pas de pointes sèches, de cheveux gras, ici la tendance capillaire n’est pas à la mèche folle, au brushing branché. Ici on structure tout ça bien tiré en arrière pour donner un look viril. On craint le tremblement de terre jusque dans le décoiffage…
Le problème du playmobile, c’est qu’il n’exprime pas toujours sa virilité uniquement dans sa coiffure, à l’occasion il distribue des paires de baffes pour le faire comprendre…Le gel rend-il violent ? Consommé à raison de pots de deux kilos, l’insécurité est bien réelle !

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Gorditas

mai 3, 2008

L’endroit est luxueux, aéré, voir même futuriste. On se promène doucement devant les magasins des marques de luxe que l’on ne doit surtout pas porter sous peine de se faire agresser. Le nom sonne comme un film de science-fiction « Antara ». On se croit dans le film Gatacca. Ce film où la société est divisée entre ceux qui ont le sang de l’élite et les autres. Séparés. Alimentant les différences. Je me sens un peu comme le héros du film qui finit par obtenir son statut social en usurpant son identité. Toujours ce sentiment tenace de voler ma position sociale par mon statut d’expat. Je ne comprends toujours pas ce pays. Malaise. Je ne comprends pas ici, les mots, corruption, argent, réussite sociale et leur implication.

Dans les vitrines, les mannequins filiformes arborent des lingeries victoria secret, qui sonnent comme une promesse d’un monde meilleur, formaté pour l’élite. Il fait une douce chaleur en ce milieu de journée. On se laisse glisser de boutique en boutique en se demandant bien à quoi tout cela peut bien servir si ce n’est à attirer la convoitise d’autrui. Mon costume ne me gêne plus, ma cravate me donne le droit d’être de ce monde. L’expat dans toute sa gloire et son ambiguïté. Je glisse.

Il est grand temps de trouver de quoi s’alimenter. A l’étage, l’immense centre commercial à ciel ouvert propose ce que propose la majorité de ces endroits au Mexique : une sorte d’alignement de fast foods. Tout y est. Il n’en manque pas un. Des pizzas sur grasses de pizza hut, aux burgers dégoulinants du mac do, en passant par les locaux comme gorditas ou tacos inn. Le Mexique semble avoir suivi les Etats-unis dans leurs délires caloriques et il est bien difficile de trouver une nourriture un tant soit peu équilibrée.

Je commande.

Un truc de tacos.

Avec de la viande dedans.

Et d’autres trucs aussi. Mon foie crie pitié. Je n’ai jamais écouté mon corps, je ne vais pas commencer aujourd’hui. Le chico me donne une sorte de plaque en bois avec un numéro et me prie de m’asseoir à l’une des nombreuses tables.

La foule se presse. On mange tard pour le déjeuner ici. Les jeunes cadres dynamiques promènent leurs cravates devant les photos criardes des menus. Je réalise alors que beaucoup d’entre eux viennent souvent manger ici si j’en juge par leur tour de ceinture. Homme comme femme. La nutrition ne fait pas de cadeaux.

Soudain la table se met à vibrer…Caramba ! mon numéro est équipé d’un truc qui vibre quand mon menu « gordita » est prêt. Putain on aura tout vu… « Gordita » en espagnol signifie : « grassouillette », il fallait être vraiment un mec de marketing gonflé pour foncer dans le tas et trouver un nom si approprié. Mon menu baigne dans sa sauce pimentée, la galette à un goût de carton et la viande de vomi. Je me mets à penser qu’aucune des filles qui mangent autour de moi ne rentrera jamais dans les tenues victoria secret de l’étage du dessous…La nature prend sa revanche sur l’élite…