Archives de juin 2008
Xochimilco au fil de l’eau
L’énorme Ford explorer file sur le periferico sur, cap au sud de la mégapole. Les trois voies sont bien étroites, grader le cap. Le GPS ne se trompe pas sur l’objectif et nous guide droit au but : Xochimilco. Le pèlerinage du week-end pour les Mexicains qui veulent se faire une bonne fiesta sur des grandes barques aménagées en salle à manger. Toute la famille est la, de la grand mere aux petits derniers, les barques colorées sont prévues pour les familles nombreuses…On s’attendait à une excursion style AAA chinoise, mais c’est bien plus bon enfant qu’il n’y parait. Ici on ne raconte pas d’histoires, les barques arborent toutes un nom et des petits drapeaux de pays,,,Une famille n’a pas hésité a monter sur une barque répondant au doux nom de “Titanic”, pour ceux qui ne doutent de rien… On est bien dans le truc à touristes attendu
On y loue une barque pour l’après-midi et tout est prévu. Au fil de l’eau, ravitaillement a bord: bière et tequila a gogo, bouffe locale correcte pour éponger un peu… L’endroit est miteux, mais qu’importe, les mariachis sont là pour faire passer la pilule et ça rigole bien sur les bateaux. L’alcool aidant, le repas du week-end avec la belle mere devient presque sympa. Les enfants adorent. Nous aussi. On se laisse glisser dans cette mascarade, ce qui s’appelle se la couler douce…Eva se dit que ça rappelle presque notre descente de Guilin avec Gig, et que ce serait chouette de l’avoir là avec nous à descendre quelques bières.
Plus loin une bande d’ados a loué une barque en amenant la musique, qui balance en crachotant les derniers hits locaux…Ils ne boivent pas que de l’eau et la fete bat sont plein au rythme lent des coups de perche du gondolier. Venise sans ses palais…Un samedi au fil de l’eau, un retour aux sources pour les fils de Shanghai!
Le voyage d’Ulysse
La ville défile à travers les vitres. Je ne suis pas encore réveillé. Le chauffeur a fait un signe de croix quand la voiture a démarré. Protégés par les dieux rien ne peut nous arriver ou bien tout. Je ne sais plus. J’ai froid. Il a plu encore toute la nuit. Je viens de quitter un lit sommairement douillet pour enfiler un costume froid, dans une salle de bain froide. Pas eu le temps d’avaler un café, même froid, je manque trop de sommeil. Assis a l’arrière du taxi on file dans les ruelles défoncées d’un quartier cossu. Ici cossu veut dire terré derrière d’épais murs de garde. A chaque trou le chauffeur se faufile pour ménager sa monture fatiguée. comme moi. Je fouille ma veste. À la recherche d’un paquet de clopes. Ouf il reste quelques Malboros du paquet d’hier. J’en allume une vite fait. Le chauffeur s’en fout. J’entrouvre la vitre, juste ce qu’il faut pour balancer les cendres dehors sans tout me prendre dans la figure…l’air frais qui rentre ne suffit toujours pas à me réveiller.
Le chauffeur a rejoint une artère principale. Trafic d’enfer. Il connait son affaire, ne se laisse pas faire, ça joue des coudes. Je subis sans chercher à comprendre. Les feux rouges sont aussi décoratifs qu’à Shanghai, la nervosité est perceptible. Je donnerai n’importe quoi pour retourner dans mon lit. Il réussit quand même à se glisser péniblement jusqu’à l’entrée de l’autoroute. Discussion de taxi.
Ça roule pas mal ce matin,non ?
oui pas mal
Bof.
On n’avance pas des masses. Ma clope a fini de se consumer et a fini d’embuer mon esprit. On double des camions énormes dans l’interminable montée. Déjà Santa Fe… On laisse la ville derrière nous pour nous enfiler dans les montagnes. Je somnole gentiment, entre ville et montagne, l’autoroute serpente dangereusement, et le taxi slalome, double à droite, se rabat, freine. Le moteur peine à tous les démarrages, c’est qu’on est presque à 3100m. Le col passé apparaît l’énorme volcan de Toluca. Majestueux. Émane de son sommet blanchi par le givre du matin une sensation de sérénité.
On entame la descente, vertigineuse de courbes et de virages, plus périlleux les uns que les autres. On n’est pas rendu. La voiture serpente, hésite, repart. En habitué, le chauffeur maîtrise les virages à la limite, tout en roue libre pour économiser un peu de pétrole. Puis après lerma, s’ouvre la plaine qui rejoint Toluca. L’autoroute est maintenant bien droite et defilent les usines. Bordel, il faut que je finisse par émerger moi aussi, sortir de cette brume. Et battre le fer avant qu’il ne soit froid.
C’est officiel: on s’est posé sur le sol Mexicain
L’avion descend, à en juger par l’effervescence des hôtesses à retirer les plateaux du petit déjeuner. La tête embrumée par une nuit trop courte à moins que ce ne soit le siège, trop court lui aussi pour ma carcasse. Les enfants avalent sans trop comprendre une tranche de pain dur avec de l’huile d’olive histoire de lubrifier le tout, comme s’il fallait encore se souvenir qu’on vole espagnol. je fais glisser doucement le volet du hublot comme on ouvre les volets au réveil pour savoir quel temps il fera aujourd’hui. Il fait noir. On ne voit encore rien de ce qui nous attend. On se sent vraiment dans le noir le plus complet de toute façon en débarquant de l’autre côté de la planète. Shanghai-Mexico 12 heures de décalage horaire… On ne pouvait pas rêver un écart plus extrême.
Puis peu à peu, on découvre les premières lueurs de la ville. Des banlieues éloignées d’abord, puis les agglomérations et enfin l’énorme mégapole. bien rangée, a l’Américaine, chaque carrefour sa petite loupiote. Ce n’est pas la féerie qui surprend en survolant les quartiers, mais bien la taille de la ville. À perte de vue. Remonte toutes les sensations de “vol de nuit” de St Exupery: cette fascination a survoler les choses et les êtres, se sentir au dessus, flottant au raz des buildings de Polanco. Il est 06h00 du matin et déjà le trafic frénétique fait couler un sang multicolore dans les artères de la ville. Le virage sur la zona rosa est mémorable. L’énorme avion entame une boucle sur Reforma et on frôle torre mayor… Nous sommes bien peu de choses. Dernière ligne droite, les ailes de l’avion frôlent les banlieues incertaines de l’aéroport. Mon dieu nous arrivons! enfin… l’avion se pose doucement. Nous voilà posés. Notre vie peut commencer. Les enfants tels le radeau de la méduse echouent devant l’aéroport, le regard vide, plein de cette envie de découvrir que j’ai tellement besoin de leur transmettre…
S’echapper
Faire face, s’adapter. Finalement, l’expatriation se résume, dans certaines phases, a ces quelques mots. Tester sa faculté d’adaptation oblige le couple et la famille a developper une souplesse liée aux aléas de l’organisation. Au fond l’art de trouver des tangentes devient la regle. Et revenir aux fondamentaux. Voir ceux qui comptent, Se faire chouchouter par les grands parents encore une fois, ou comment rendre un contre temps un régal. Profiter une dernière fois des joies du terroir, gouter une garriguette bien rouge et croquante, déguster un “domaine Michel” blanc. Se laisser aller. Toujours ce temps avant l’orage, cet instant ou tout est calme. Revoir mes frères, surtout éviter de leur dire combien ils me manquent et combien je suis fier d’eux… En profiter pour revoir G!G et sa clique parisienne. Bref profiter de tout ce qu’une master card n’achète pas. Ressentir cet endroit tout chaud avant de le quitter encore une fois, aller de l’avant, sans se retourner.
Je le vois très cru.
Une foule de jouets éparpillés jonchent le sol du salon. Chaque playmobil compte. Ne pas en oublier un, ce sera certainement le préféré qui manquera à l’appel si je me loupe. Mieux vaut ne pas prendre de risques. Comment savoir de toute façon dans tout ce fatras quel jouet est important . Dans le doute, je rassemble la dînette et les peluches favorites, la Barbie qui a perdu un bras et un poney immonde avec sa longue crinière violette. Sans oublier la DS, equivalent adictif du blog version super plombier bedonnant et moustachu. Une sorte de monde imaginaire d’urgence pour kids trimballés depuis quelques semaines d’appartement temporaire en soirée improvisée chez des voisins hospitaliers. Je fourre les habits dans d’énormes valises, mélangeant le tout sans ménagement. Je déteste les valises. Faire les valises est une corvée qui m’a toujours coûté, et ça ne s’améliore pas avec l’âge. Je fais l’impasse sur le pliage des chemises version Nadine de Rodchild, elles arrivent de toute façon invariablement comme si quelqu’un, pendant le voyage, avait pris plaisir à les mettre en boule. Immettables. Fais chier. Ça ne rentre pas. Trop de valises…On traîne tout ça pour se rassurer, je vis depuis deux semaines avec le même jeans, alors que la valise déborde de pantalons. Faut pas chercher. Terminer. Aller dans les détails, passer par la salle de bain, essayer de faire rentrer le rasoir gillette a 18 lames sans bousiller les temesta et la montagne d’imodium. J’adore…le téléphone sonne.
-allo?
-ah bon? bon. ok. Julien je crois que c’est cru!
Ma chérie, on ne dit pas “crudo” (“cru” en français…): on dit “c’est cuit”…
Je raccroche. On n’aura pas le visa pour partir demain. Il faut attendre encore une semaine. m’en fout je dois pouvoir encore tenir une semaine de plus sans me raser ni changer de jeans…






