Archives de août 2008
Dans le mouton tout est bon…
Le rancho du côté de Queretaro se remplit peu à peu au grès des arrivées plus ou moins ponctuelles des invites. La ponctualité locale rendrait fou la plupart des Suisses de mon quartier: le retard peut atteindre trois heures…Ca permet de finir les cacahuètes et la bouteille de Martini blanc et même de faire la sieste qui va avec…”c’est culturel Julien, c’est culturel…”
C’est jour de fête au rancho aujourd’hui. On fête l’anniversaire de l’un des enfants, et tradition oblige on a mis les petits plats dans les grands. On ne rigole pas avec la barbaque ici. On a préparé pour l’occasion le méchoui version rancho: On a placé la veille une montagne de braise dans un trou dans le sol. Puis on y place la bête. Pas l’agneau de lait, non,non, le bon gros mouton bien gras. On l’enveloppe dans des feuilles bien vertes de cactus, et on le laisse mijoter dans son jus toute la nuit jusqu’au lendemain. Le tout est recouvert d’un tas de sable histoire que le four improvisé reste en température…
On a aussi tué le cochon et cuit le tout dans une immense bassine de cuivre. Quand je dis le tout, c’est le tout! De la tête aux pieds en passant par les trips, le coeur et les bijoux de famille…Le festin peut commencer.
Les convives s’animent tranquillement après quelques tequilas et l’on commence par distribuer du riz blanc, histoire d’éponger un peu l’alcool. Puis l’on sert du foie de cochon, délicieux au demeurant, et du boudin qui a l’air bien appétissant. Tradition oblige on a gavé le sang du cochon de chili bien rouge pour relever le goût et la première bouchée arrache la gueule. Traditions. Le riz aide a retrouver ses sens…
Puis vient le moment de sortir le mouton de son trou. Tout le mode se précipite pour l’événement. Il faut être le premier a plonger sa main dans le trou et y fourrer une tortilla de mais pour déguster la viande. Le garçon armé d’une pelle creuse le sable, et Paul se demande bien ce qu’il va sortir du trou: la bouche ouverte il s’attend à tout…Il a déjà survécu au coup de bâton derrière la nuque des poissons gigotant sur le sol des poissonneries chinoises, mais là c’est encore autre chose. On écarte délicatement les feuilles de cactus qui emballent le reste de notre déjeuner. Apparaît la tête entière encore recouverte de sa fourrure de mouton de la bête : tout y est même les cornes. Paul ferme les yeux et refoule une envie soudaine de vomir et se sauve en courant…Il faudra gérer les cauchemars de ce garçon les prochaines semaines. “c’est culturel Julien, c’est culturel”…
La viande est délicieuse. Un goût marqué de mouton qui a déjà bien gambadé mélangé à goût du cactus donne un résultat surprenant auquel Eva ne survivra pas: son estomac hispano Suisse criera au secours le reste de la nuit.
Invités d’honneur oblige, le doyen du ranch hérite de la partie la plus prisée du mouton a savoir la tete, et déguste les joues en se léchant les doigts. rite initiatique oblige il me tend une tortilla avec un sorte de morceau de viande dégueulasse dedant. La texture est fibreuse, filandreuse et pue le mouton. Gloups. j’avale. Habitué aux frasques chinois, il me regarde pour voir si je change de couleur. j’essaye de ne pas trop m’étrangler en lui glissant un” mmmmh, délicieux, merci!” il me dit avec un sourire de victoire: “tu viens de manger les couilles du mouton…”.
Voilà. Ça c’est fait. Il fallait passer par là pour que les locaux puissent se taper le bide en rigolant comme des baleines du bon tour qu’ils viennent de jouer au “petit blanc”. Finalement, on change de pays, et les farces ne changent pas. J’avais déjà eu droit au sang de serpent, aux couilles de chameau, il me manquait les couilles de mouton. Il paraît que ça aide la virilité. Au fond l’homme est un animal. Manger ou être mangé reste une de ses préoccuptions principales. Bon appétit….
Apres moi, le déluge
Je monte dans la voiture. Le siège me brule le cul. La voiture est restée toute la journée en plein cagnard. Normal. J’ouvre machinalement les vitres, fout l’air conditionne à fond et essai d’allumer une clope. Bien sur j’aurai du faire ca dans un ordre différent, puisqu’il est impossible d’allumer le briquet avec le ventilo à fond… Fatigue normale. Je fais un peu tout au juge, impression de vivre a vue. Un peu comme quand il s’agit de passer le shore break aux Estagnots les jours de grosses vagues. Si l’on n’est pas proactif on se prend royalement toutes les vagues dans la gueule. Et ca fini invariablement par une série de claques et pas mal de sable dans le short. La vie me donne des claques ces derniers temps et je subis en bon masochiste…
Le trafic est nerveux aujourd’hui. Il y a un truc dans l’air. Le ciel s’assombrit a l’attaque du col qui me ramène au DF. Il s’assombrit même franchement! L’autoroute ressemble vite à un tetris géant. Ca s’empile gentiment avec la fébrilité habituelle de ce cote du rio grande: warning clignotants signalant le danger potentiel ou l’inquiétude du conducteur. Comme toujours je me laisse glisser à droite pour doubler les immenses camions qui restent bien au milieu de la autopista. Et soudain, des trombes d’eau s’abattent sur nous. Le ciel nous tombe dessus. Des couleurs fantastiques. J’en rallume une, ca risque d’être long. Ca commence à paniquer sec sur la route. La pluie se transforme en méchante grêle. La température chute. 9 degrés. Foutue météo. L’air conditionné de la chevy régule gentiment l’air artificiel vicié par la marlboro avec precision: 22°C. Il n’y a pas lieu de s’inquieter, le CD joue un vieux live de LTJ Bukem in tokyo 2002…On ne change pas toutes ses habitudes…Passage du col et deja la voiture prend des allures d’arche de Noé. Dans la descente jusqu’a Interlomas je slalome avec douceur dans un trafic dense qui ne se doute toujours pas du danger qui lui pend au nez. Interlomas est passablement inondé. Les bouches d’égout recrachent a grand fracas toute l’eau qu’elles ne peuvent absorber en grandes gerbes. Versailles aux grandes eaux, les camions en guise de statues. Plus loin dans la descente la pression a même fait sauter quelques unes des bouches: une voiture s’y écrase net. Le pauvre conducteur essaye de sortir tant bien que mal sans se faire emporter par les 30 centimètres d’eau qui emportent furieusement tout sur leur passage. Garder son calme. Maintenant le trafic est complètement arrêté. L’eau monte imperceptiblement, la pluie redouble, ma voiture tel le vaisseau fantôme résiste tant bien que mal aux éclaires qui zèbrent le ciel violet. La nuit est tombée sans prévenir, l’orage est toujours plus fort.Envie d’ecouter du Wagner, la route est maintenant un pur torrent dévalant le passage entre Interlomas et Teca. Moi je subit. Que faire d’autre ?. ca fait 2 heures que je suis dans la voiture…envie de fumer. Prendre encore une vague dans la figure.
Je suis arrive après trois heures d’efforts a la maison ou il a fallut manger a la bougie. Plus d’électricité. Subit, julien, subit. Demain il pleuvra encore. C’est sur.
Bureaucratie
Le réveil sonne, il est quatre heures du matin. Je tâtonne. Je dois rêver. Je saute dans un jean, les yeux brouillés d’une nuit trop courte. J’avale vite un café trop chaud, rassemble quelques affaires à la hâte et saute dans un taxi. À cette heure de la journée, il ne faut pas beaucoup de temps pour quitter teca par palmas, et glisser vers l’aéroport. Le taxi n’est pas bavard. Une chance. Moi non plus. Assis inconfortablement à l’arrière de la Nissan Tsuru, équivalent mexicain de la santana chinois, je regarde défiler la ville endormie. Je n’en reviens toujours pas : je dois prendre l’avion du matin pour me rendre à Veracruz pour y signer des papiers d’importation. À l’ere d’internet, au moment où tous mes collègues me bombardent d’emails bourrés de fautes de frappe en tripotant leurs blackberry, je dois prendre l’avion pour aller physiquement signer des documents. Je me heurte violemment à une bureaucratie que je ne peux comprendre. Dale duro papi !
Check-in rapide, ici on prend l’avion comme on prend le bus. Doucement l’avion quitte le sol et frôle la ville aux aurores. Toujours cette sensation de s’acquitter de la pesanteur de cette vie réglée par des procédures et des « firmas » les signatures a obtenir comme un sésame d’un système qui s’étouffe lui même. Je suis frustré. Cette bureaucratie comme excuse a une véritable envie de ne pas travailler ou dissimuler son incompétence. L’administration me donne des « vueltas », en français ils me promènent, d’un préposé à l’autre, d’un template à un formulaire improbable. Le système est asphyxié par son propre de vomit de papier. L’avion prudemment touche le sol de la cote Est. Je rumine ma rancœur. Il fait chaud à Veracruz, le chauffeur qui est venu me chercher sue dans son taxi. On saute d’un dos d’ane à l’autre péniblement jusqu’au guichet ou un autre fonctionnaire me demande les formulaires miracles. Je signe son merdier en faisant poliment la conversation. Ne pas combattre le système au risque de se faire bouffer cru. Je serre les dents. Passage par la case banque pour que l’ogre étatique me déleste de suffisement de pesos pour étancher sa soif. Il faut bien faire vivre l’armée de fonctionnaires. Et puis rien. Personne pour me décerner une médaille de patience, ou même un encouragement : une poignée de mains et retour a l’aéroport. Re décollage, re atterrissage, re traversage de la ville. Envie de dormir, du sommeil du juste citoyen en règle qui a payé son dû aux dieux de l’appareil administratif.




