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Grippe type A mexicaine: Je soigne ma pneumonie de retour à la maison…

Le docteur entre dans ce qui est devenu mon univers depuis 4 jours. 4 jours, 4 murs, une horloge qui égraine les secondes et un crucifix à sa droite. Minimaliste. Le toubib se déplace en permanence avec une troupe de jeunes qui ne disent jamais rien. Il semble régner sur ces sujets qui boivent ses paroles. Étrange. Il se la joue docteur House. Parle peu, veut paraître sur de lui. Il me demande si j’ai mal quelque part. je m’assoie dans le lit. il dégaine son stéthoscope et me demande de respirer. Il écoute vaguement à gauche, à droite… C’est un homme pressé, on peut le comprendre, il en voit de toutes les couleurs depuis une bonne semaine. Il dit ” ouaip…c’est mieux. tu peux rentrer chez toi”
C’est mieux?? ça veut dire quoi c’est mieux? putain. moi je veux pas du “c’est mieux”. Je veux du “vous êtes guéri mon cher” , mais ça c’est trop demander. Il me glisse une bonne dose d’antibiotiques et un chapelet de précieux Tamiflu, tourne les talons et s’engouffre par la porte de la chambre avec toute sa petite coure. Silence. La pompe du cathéter soupire, l’horloge laisse filer quelques secondes nerveusement, et le crucifix s’en moque.
Je suis tout de même soulagé de quitter cet endroit, pouvoir revoir les miens, même si le papier dit que je ne peux les serrer dans mes bras avant une dizaine de jours. psychose. Je veux juste dormir dans mon lit sans être réveillé toutes les deux heures par des infirmières stressées. Je suis épuisé. Besoin de calme, de lire, de travailler mes photos. Les médias français en mettent une couche sur les élevages de porcs ignobles à Veracruz… C’est là-bas que j’aurais pu attraper cette saloperie ? qui sait, mais je ne peux m’empêcher de garder un excellent souvenir de ces vacances dans cette jungle énorme. Un gros bisou virtuel à tous, celui-là n’est pas contagieux…
Je teste pour vous: pneumonie en pleine crise de grippe porcine au Mexico DF…

Sixième étage. Hôpital,Polanco. Ni une ni deux, je me retrouve a poil, Lit blanc. La radio est pourtant claire mon grand… Tu as une méchante pneumonie. Pas de doutes… Du coup , c’est le déballage de l’artillerie lourde. Le spectre du A/N1H1 plane,les blouses blanches s’agitent.On discute la stratégie, et on administre la totale : antibios et antiviraux…Pour une fois ce fut bref, voire efficace. Sans vraiment comprendre ce qui se passe, me voilà intubé et cloué au lit. Et maintenant quoi? Je n’ai rien demandé moi….
On ne sait pas vraiment. On doit attendre. Ça ne me donne pas beaucoup de grain à moudre. L’ambiance est électrique, ma chambre est mise en quarantaine, on m’exclut. Me voilà tout seul dans le grand huit de mes peurs les plus primaires. Et c’est parti pour un tour, ça va secouer c’est sur !
Panique à Mexico. Toutes les écoles ont renvoyé leurs morveux à la maison, les lieux publics sont fermés,le DF devient ville morte. Je regarde la ville depuis mon lit. Impuissant. Le gouvernement semble prendre la chose tres au sérieux. Moi aussi, pour le coup. Putain, qu’est-ce qui va se passer?? Les premières news sont alarmantes, le journal spécial du soir titre : “gripa mortal” Je ne veux pas, mais c’est trop tard. J’y suis et je dois surmonter une angoisse impressionnante, et me taper celle des autres…
Alors, on pense à la mort. On a envie de pleurer. On se dit que c’est trop injuste. Mais personne ne peut se satisfaire de ça. Heureusement, l’homme moderne a inventé la télévision, et je l’avoue bien volontiers j’ai essayé, de me suicider à la telenovelas. Ça fait passer le temps…éviter de trop gamberger. Que faire d’autre? repasser sa vie? se demander ce qu’on aurait pu faire autrement? On n’est pas dans une comédie américaine, on est dans la réalité.
Heureusement, le téléphone sonne et je reçois des encouragements. J’y suis très sensible, encore envie de pleurer. Rassurer, profiter de ces contacts. Et mes enfants? Ma femme gère comme elle peut la pauvre. Elle est toujours avec moi, toujours. On se sent horriblement coupable alors que paradoxalement on n’a rien fait…Pour les contrôles freak modernes, être laissé sans absolument aucun contrôle sur la situation est la punition ultime. On doit s’y soumettre, et enfin, la perspective et les priorités dans la vie changent. Je pense à mes parents encore plus impuissants de l’autre coté de l’atlantique, à mes frères… Je vous aime tous si fort.
Déjà trois jours que je suis ici. Mon corps me fait mal. Je suis fatigué. Il paraît que je rentre demain à la maison…
On the road again 14 (featuring miss monde)

La lune imposante, pleine et orange, s’élève doucement sur un horizon de zone industrielle de fin du monde. Metepec, Lerma, villes fantômes. L’autoroute rugit de la sortie des usines et déverse ses voitures pressées vers le D.F. Comme à mon habitude, je quitte la frénésie pour me perdre dans les latérales. Je prends la tangente. La petite compétition automobile quotidienne a fini par me lasser et je laisse glisser la voiture tranquille. Comprendre que prendre le temps est un luxe bien plus appréciable que d’essayer de battre son record du parcours sur le défi boulo-maison…
Prendre le temps, un temps précieux que je n’ai pas. Les rues mal éclairées prennent des allures de projet raté. On sent que l’dée est là, mais la pauvreté, la pollution et une sorte de frénésie de construire a conduit à un amas de briques et de béton sans unité. Un gros sentiment de truc mal pensé heurte irrémédiablement, les maisons grises défilent, le trottoir essaye de suivre le développement chaotique en délimitant la latérale. Au feu de circulation, les voitures s’agglutinent. Lassitude.
Un peu plus loin, une blonde me regarde depuis son affiche énorme. Sa blondeur, et ses cheveux parfaits contrastent furieusement avec l’environnement.C’est donc ça ? on en revient aux pulsions animales? a l’animal. Je me demande quel taré du marketing a pensé judicieux de placarder ça ici, dans un quartier pauvre où les filles ont la peau mate et le cheveu bien noir . Peut-on vivre et ne pas devenir fou en rêvant à la jeune fille blonde comme idéal de beauté féminine dans ce coin paumé?
La blonde me regarde toujours, avec sa froideur et sa plastique. Nous sommes les deux immobiles, piégés dans ce petit drame du côté de Metepec. Heureusement pour moi le feu passera au vert bientôt, et je pourrai m’enfuir enla laissant a la pauvreté de sa moue sensuelle. Promesse de nuits torrides dans un monde dépourvu d’imagination et de créativité sur un bord d’autoroute. Rêve de camionneur. La photo peut faire mieux que ça…heureusement.
On the road again 12 (at night)

Koyaanisqatsi, Version Mexicaine.
On the road again 11 (at night)
Ca me rapelle une vieille chanson de téléphone: Dancent, les lumieres dancent…
MDTF présente… épisode 1

Apaisement

Doucement, j’ai fini par lâcher prise. Un court moment. Bien sûr 2009 nous réserve encore bien des surprises et des émotions, mais il est sage de faire une pause. Ne serait-ce que pour arrêter une critique stérile de notre nouvel exode familial . Je m’en rends bien compte. Trop de choses personnelles remontent à la surface, des angoisses de gosse principalement, a bien y regarder. A l’aube de mes 39 ans surgissent encore les fantômes de mon enfance du côté de Villeurbanne. Une enfance loin d’être triste autant que je puisse m’en souvenir, mais chargée de violence et d’incompréhension. Des choses qu’un enfant ne peut appréhender. A l’époque, cette banlieue de Lyon sortait de terre, avec ses tours et ses HLM. Je me souviens de ma fascination pour la rue que grouillait de monde les jours de marché. Perché dans ma chambre au 14eme étage bien en sécurité dans ma tour de guet. Je passais des heures appuyé sur le dossier de ma chaise de bureau à inventer la vie de tous ces gens qui courraient à leurs vies plus bas. Un poste d’observation de choix, satisfaisant ma curiosité. Privé de la télévision conventionnelle par des parents jugeant (a raison, je ne l’ai compris que bien plus tard…) le média bien trop aliénant, je m’évadais avec me propres telenovellas du haut de ma chaise. Ma curiosité photographique vient sans doute aussi de là. Se mettre en retrait, avec une curiosité compulsive, et raconter une histoire en une seule photo.
Mon poste d’observation était aussi un nid douillet protégé des aggressions de cette vie trépidante, en bas, dans la rue. A l’école, ou lors de mes trajets quotidiens, je me souviens de ces expériences violentes. Je ne peux me rappeler le nombre de fois ou je me suis fait racketter. voler, ou juste tabasser. C’est a cette époque que Babolat, le fils du boucher ma pete toutes les dents de devant. Je me souviens encore très bien de cette splendide après-midi d’été ou j’ai rencontré un nouvel ami au parc de la doua. Nous avons joué avec mon nouveau vélo flambant neuf que je venais juste de recevoir. Un Peugeot, gris métal, avec le guidon course. Un vrai rêve de gosse, avec le cales pieds chromés. Comme nous avons joué cet apres midi la! tour à tour nous étions Bernard Hinault dans l’ascension du galibier, ou Poulidor bien que nous ne l’ayons pas connu: nous copions jute nos aînés en hurlant “vas-y poupou!, vas-y poupou ”. Je n’ai pas compris la suite. Mon ami d’un jour a ensuite disparu en fin de journée. Et le vélo avec lui. Au début, c’était impensable. Pourquoi aurait-il fait ça ? A il réellement et délibérément disparu emportant mon vélo tout neuf? Pourquoi aurait-il fait ça ? n’a-t-il pas joué avec moi tout le jour? pourquoi n’ai je rien vu venir ? était-il au fond jaloux ? Envieux ? Des concepts que je n’étais pas en age de comprendre. Il en résulte une grande incompréhension, un goût amer. Pourquoi ce sentiment de culpabilité aussi? puis cette rage, cette envie de vengeance. Je suis resté longtemps inconsolable et choqué.
En arrivant au Mexique, Je revis ces périodes douloureuses de cette enfance, avec la même impuissance et incompréhension. La fille qui travaillait avec nous depuis 4 mois a volé tout ce qu’elle a pu emporter a la veille de Noël et une coquette somme d’argent. Remonte alors la même culpabilité : pourquoi n’ai je rien vu venir? suis je si naïf et si con? On se sent misérable. Bien sûr dans un premier temps on refuse d’y croire, on cherche désespérément ces choses qui ont disparu. Puis il faut se rendre à l’évidence. Le vélo a disparu. Et mon amitié avec… Et au fond ce n’est pas tant la perte des biens matériels qui est impérieusement désagréable, mais bien le fait d’avoir été trompé, abusé. On ressent alors une grande impuissance et une violente envie de vengeance. Remonte alors une haine viscérale, que seule la raison peut contenir. A quoi bon? oeil pour oeil dent pour dent ? au fond c’est exactement ce qui mène ce pays a sa perte ! Ne pas tomber dans le piège, et rester maître de sois. Puis après un peu de temps, une immense tristesse noye l’hisoire, sans plus d’explications.j’ai encore perdu mon vélo, et je ne comprends toujours pas pourquoi…
Je me sens comme le pécheur de la photo qui semble porter l’horizon tout entier sur ses épaules, dans une mer de solitude et d’incompréhension.
Étiquette

Il faut se faire violence. En silence, intérieurement. Rien n’y fait, rester aimable coûte que coûte. Il y a des règles qui semblent fondamentales. Les violer semble exposer irrémédiablement a une cohorte d’emmerdes. j’ai un peu tout essayé. L’attitude suisse, voire alémanique, est considérée inappropriée, parfaitement incomprise. Mon degré de frustration a atteint des sommets ces dernières semaines. Le sarcasme a la Française reste un mystère demeure souvent interprété au premier degré. L’humour anglais purement ignoré.
Le soleil d’Acapulco est parfait cette fin d’après-midi. L’ipod diffuse tranquillement le dernier podcast de l’année de hospital records, la fine fleur de la drum and bass londonienne. Le hamac me berce doucement. Dans un demi-coma, j’essaye d’oublier que je viens d’avoir 39 ans et que seuls mes amis de facebook m’ont souhaité un joyeux anniversaire. Merci facebook. Le hamac balance toujours, lentement.
Soudain de nul part debarque une vieille sortie directe d’un guide touristique sur les vieilles qui arpentent les plages avec leurs breloques. La vieille ruine le moment. Elle me fout sous le nez ses merdes de bracelets et de collier sans intérêt. Je me demande toujours comment les Chinois ont réussi à exporter autant de trucs inutiles et surtout tellement loin de chez eux. On importe notre propre misère. Elle a les bras chargés comme un putain d’arbre de Noël de tonnes de boules de plastique aux couleurs vulgaires. Il doit faire bien 35 degrés au soleil et la pauvre se charrie son fourbi toute la journée sur la plage. Au même moment, le DJ du podcast se lamente de l’annulation de l’événement de l’année au heaven,, un désastre. C’en est trop. Je lève les yeux vers la grosse, elle ne se doute même pas comme je me branle de son business, et je lui sors : ” no gracias, muy amable”. Le ” muy amablé” semble tenir lieu en Mexicain de “barre toi de mon soleil sale conasse tu es en train de ruiner ma tranquillité ”.
Je recommande d’ailleurs son utilisation en toute occasion. Pour toute sollicitation, mieux que le “non merci” , mieux vaut utiliser le “tres aimable”. Foutue hypocrisie de merde.
Je retombe dans ma léthargie, sans me soucier de la vieille qui est en train de faire chier mon voisin de plage, un local qui lui sert du “amable” à haute dose….
Il ne passe pas 5 minutes, le Dj passe un nouveau morceau bien “wicked” (selon ses propres termes), pour que la soeur jumelle de l’emmerdeuse d’avant fasse son apparition comme une fleure. Putain, le harcèlement. Je l’ignore royalement. Mauvais choix. Elle me fout toute sa collection de breloques sous le nez. Excédé je l’envoie chier en français. Elle n’en pige pas un mot mais, elle semble ne pas avoir raté le body language qui allait avec. La conne elle se plante devant moi, pose son bordel par terre et commence un exercice de statue juste devant mon soleil. Te voilà bien avancé mon grand!. J’aurai mieux fait d’utiliser le “tres aimable”…Une grosse envie de lui casser la gueule me monte au nez. Deuxième conseil du jour : dans ce cas, s’abstenir. La vieille est revêche, et n’a pas de fric, mais en revanche plein de temps a revendre.
J’essaye un “barre toi de la avec tes merdes pour touristes”. Je le déconseille aussi. Ça semble la mettre de fort mauvaise humeur. Incroyable comme le coté direct français est invariablement interprété comme un manque de respect et surotut comme beaucoup d’arrogance. le sarcasme ne fonctionne pas non plus: lors d’une discussion de travail, il fallait trouver une solution rapide a un problème de meubles dans un bureau. L’ingénieur en charge des locaux présentait des fournitures onéreuses avec des délais de livraison de 8 semaines. Dans la foulée de la discussion je glisse un sarcasme du style: “on a qu’a acheter des tables et des chaises de camping en plastique, pendant qu’on y est!”. la discussion glisse. la semaine suivante on m’annonce que mon mobilier de jardin est bien arrivé…damn it!
Lassée ma vieille finit par se tailler de son pas lourd dans le cliquetis caractéristique des rideaux de perles des maisons ardéchoises de mon enfance.
le Dj conclu par un set de london electricity a faire oublier n’importe quel affront. Je suis otage de ce pays. Dans une sorte de prison dorée.
Helloween
“Da me mi halloween!” Les momes hurlent de l’autre cote de la porte en maltraitant la sonnette de la porte d’entree. La fete gringo-debile s’est plutot bien implantee si pret de la frontiere de gringolandia. Et les morveux deguises en vampir de continuer a reclamer… Rien de bien excitant. Mais a y bien regarder le melange avec des restes de culture Azteque, remixe a la sauce espagnole, version fete des morts joyeuse, le coctail devient piquant! voir completement delirant. Les mexicains entrent dans une periode de facination pour les representation de la mort. Squelettes en tous genres, et divagations sur le theme. Supefiant. le 1er novembre, tout ce petit monde se retrouve en famille au cimetiere pour passer la nuit a couvrir litteralement les tombes de fleurs oranges. On allume des cierges, on decore, on amene de la bouffe en offrande, et on se les peles toute la nuit a veiller. Touchant.
On n’oublie bien sur pas d’aller acheter son pain des morts dans une des plus vieilles boulangeries du Zocalo: La ideal. Son subtil gout de fleur d’orange est un regal…La boulangerie a garde sa facon traditionelle d’entasser sa marchandise sur des tables autour des quelles on se deplace difficilement. Tout le monde se sert sur un plateau et donne son butin a des employees en robes colorees. Il faut ensuite passer a la caisse: bocal en verre ou une grosse dondon directement sorite des rougon maquard compte la monnaie en regardant par dessus ses lunettes… Zola aurait aime cette boulangerie du temps passe et qui rythme encore les traditions de Mexico.
Happy fete des morts!
A l’eau les canards…
Je me retourve le cul dans l’eau du coté de Cuernavaca.
L’eau n’est pas si froide, elle pénètre doucement et graduellement par les coutures de la combinaison. Le gilet de sauvetage maintient ma tête avantageusement hors de l’eau. Mes pieds prisonniers du wake board, flottent eux aussi quelques dizaines de centimètres devant moi. La situation n’est pas si inconfortable à bien y regarder. Je réalise le ridicule de la situation, mais mon orgueil me rappelle qu’il n’y a pas d’autre échappatoire que de réussir a monter sur cette foutue planche. On n’a jamais vu personne prendre plaisir a rester dans cette position foetale a se demander ce qui va diable bien pouvoir se passer. Bien sûr je me demande ce que je suis venu faire dans cette galère. Le goût du risque ? la curiosité ? la peur d’une vie toute réglée…Bon Julien, l’heure n’est plus aux questions, le patron du bateau me balance un bout de corde que je laisse filer jusqu’à la sorte de barre. Confiant, et complètement ignorant de ce qui va bien pouvoir se passer je saisis la barre comme si ma vie en dépendait. Tout va bien. J’ai bien compris les conseils des pros. Je peux le faire. Mais la vie va encore me donner une leçon cruelle. Je le sens bien… Le thème du jour, comme un sujet de bac de philo: “la différence entre vouloir et pouvoir ?” vous avez 5 minutes… Et encore je compte large.
C’est là que le boss envoie la purée. Le capitaine du bateau met les gaz a fond.Je veux dire vraiment a fond. Personne ne pourrait imaginer que ce stupide bateau pût si rapidement m’arracher les bras. Et le reste. Le bruit du moteur rugissant sonne le glas de mes capacités physique et le premier essai me détruit littéralement les avants bras et sans que je n’y prenne garde, je me retrouve agrippé à ce foutu câble lamentablement traîné dans un concours de qui boira le plus d’eau du lac. Je lâche l’affaire. Trop tard le mal et fait. Je ne sais qui de ma fierté ou de mains est le plus douloureux. Le moteur du bateau cesse brusquement de rugir et fait un petit rond dans l’eau pour repêcher l’épave que je suis devenu.
Maintenant, la situation est bien pire: je sais exactement ce qui m’attend. Sans connaître vraiment comment m’en sortir. Il faut retenter le coup. Le bateau s’immobilise, et doucement le câble se tend a nouveau. d’un bref signe, le capitaine décide qu’il est temps d’infliger a tout mon corps une nouvelle torture. Péniblement je résiste à la force incroyable qu’exerce le câble sur mes bras. Archimède ne m’est d’aucune aide sur ce coup là, et encore une fois c’est la claque.
Par une chance improbable, c’est au quatrième ou cinquième essai que par miracle ma carcasse réussit à sortir de l’eau. Et les sensations changent complètement. De la situation cauchemardesque du baigneur attendant la sentence, tout se transforme en douceur et perspectives nouvelles. La vitesse du bateau n’est plus mon ennemie, mais au contraire une alliée remarquable. Quelques minutes de pur plaisir avant que le bateau ne tombe en panne d’essence…La faute a trop de ronds dans l’eau préliminaires ! Après avoir goûté au plaisir trop court d’enfin flotter avec bonheur à la surface du lac, je m’en retourne à mon statut de baigneur pataud et immobile.
L’expatriation est semblable en toutes choses à une première leçon de ski nautique. On se retrouve balancé dans l’eau froide dans un lac ou l’on ne connaît ni la culture ni la langue, et au début on ne se rend pas bien compte de ce qui nous attend : on flotte. On finit même par trouver que flotter est plutôt marrant. Mais comme on vous a envoyé ici pour travailler, et non flotter, le patron à un moment va mettre le moteur en route, et il faudra bien suivre. Inévitablement s’en suivra une bonne série de claques avant de pouvoir sortir la tête de l’eau. Et plusieurs mois pour sortir le reste du corps et flotter hors de l’eau, en ayant bu pas mal la tasse. C’est seulement alors qu’on pourra se prendre à surfer sur les vagues d’emails sans réponses, les rifts de “ahorita senor”, et les “desfortunadament senor no hemos logrado hacer eso en tiempo…”. Pour finalement y prendre goût. Mais n’apprenons-nous pas plus de nos défaites que de nos victoires? à condition de ne pas s’habituer a perdre tout le temps…



