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Idées reçues
Il se tient devant moi : l’attraction pour touriste en mal d’idées reçues se promène doucement. En chair et en os. Quand on a grandi au sud de la Seine, et qu’on raconte qu’on vit au Mexique, on reçoit une jolie collection de clichés. Forcement, on a grandi en bouffant des pepitos,en matant speedy gonzalez a la téloche… Ça ruine une culture. Alors en arrivant on cherche ou a bien pu passer pepito pour se rassurer ou pour oublier notre ignorance crasse. Putain, il a pris un coup de vieux Pepito. Il a dû trop se goinfrer de ces immondes gâteaux. Il se traîne dans un resto typiquement Mexiconos du sud du DF. Arroyo. Le nom sonne comme une crise de foie. L’ambiance est énorme. Ici, on est loin des guides touristiques, on est dans le traditionnel familial dominical. On sert ici jusqu’à deux mille personnes en même temps, avec des tablées gigantesques. Tout le monde est là, du grand père au petit dernier, pour célébrer un anniversaire ou la communion du cousin. C’est la grande bouffe. Le pulque coule à flot. On sert les délicieux vers (gusanitos) ou des oeufs de fourmis au rythme des mariachis moulés dans leurs pantalons à trucs brillants. Le tout amplifié a fond par une sono plus toute jeune qui casse les oreilles.
En entrant un ami local me dit : “regarde le vieux la… ” il désigne du menton mon pepito. ” depuis que je suis gamin je le vois ici, ça fait 40 ans qu’il vend des bonbons… ”
Son histoire se lit sur son visage. j’aurai envie qu’il me raconte sa vie… On pourrait croire que mon pepito est gâteux, mais il n’en est rien. Il a un business à faire tourner. Il promène ses bonbons affreusement sucrés de table en table et murmure :
” ducles! 25 pesos…” Je m’en fous de tes bonbons mon ami, je luis demande “hey joven…como te llamas? ” (hey, le jeune, comment tu t’appelles ? La question me taraude… Il est intrigué par la question et son oeil s’allume. Il répond : “Je ne me souviens plus…” avec un sourire malicieux aussi doux que ses caramels. Il fait durer le suspens…Je lui repose la question en ôtant la provocation : “sérieux! comment les gens t’appellent ?” Il sourit encore et me répond très calmement : “Si tu me donnes 25 pesos, peut être que je te dirais mon nom, et en prime je t’offre ces bonbons…”. Business is business. je lui tends un billet et je sors mon appareil. Mon pepito est aux anges, il a réussi son coup: ” au moment ou je déclenche l’appareil, il beugle ” Viva Mexico!” et puis il se sauve vers une autre table en me tournant le dos. Le sombrero voûté emporte avec lui son secret, et au fond peu importe… J’ai retrouvé pepito: il vend des caramels et se fout toujours autant de notre gueule. Vous voilà prévenus…
Dans le mouton tout est bon…
Le rancho du côté de Queretaro se remplit peu à peu au grès des arrivées plus ou moins ponctuelles des invites. La ponctualité locale rendrait fou la plupart des Suisses de mon quartier: le retard peut atteindre trois heures…Ca permet de finir les cacahuètes et la bouteille de Martini blanc et même de faire la sieste qui va avec…”c’est culturel Julien, c’est culturel…”
C’est jour de fête au rancho aujourd’hui. On fête l’anniversaire de l’un des enfants, et tradition oblige on a mis les petits plats dans les grands. On ne rigole pas avec la barbaque ici. On a préparé pour l’occasion le méchoui version rancho: On a placé la veille une montagne de braise dans un trou dans le sol. Puis on y place la bête. Pas l’agneau de lait, non,non, le bon gros mouton bien gras. On l’enveloppe dans des feuilles bien vertes de cactus, et on le laisse mijoter dans son jus toute la nuit jusqu’au lendemain. Le tout est recouvert d’un tas de sable histoire que le four improvisé reste en température…
On a aussi tué le cochon et cuit le tout dans une immense bassine de cuivre. Quand je dis le tout, c’est le tout! De la tête aux pieds en passant par les trips, le coeur et les bijoux de famille…Le festin peut commencer.
Les convives s’animent tranquillement après quelques tequilas et l’on commence par distribuer du riz blanc, histoire d’éponger un peu l’alcool. Puis l’on sert du foie de cochon, délicieux au demeurant, et du boudin qui a l’air bien appétissant. Tradition oblige on a gavé le sang du cochon de chili bien rouge pour relever le goût et la première bouchée arrache la gueule. Traditions. Le riz aide a retrouver ses sens…
Puis vient le moment de sortir le mouton de son trou. Tout le mode se précipite pour l’événement. Il faut être le premier a plonger sa main dans le trou et y fourrer une tortilla de mais pour déguster la viande. Le garçon armé d’une pelle creuse le sable, et Paul se demande bien ce qu’il va sortir du trou: la bouche ouverte il s’attend à tout…Il a déjà survécu au coup de bâton derrière la nuque des poissons gigotant sur le sol des poissonneries chinoises, mais là c’est encore autre chose. On écarte délicatement les feuilles de cactus qui emballent le reste de notre déjeuner. Apparaît la tête entière encore recouverte de sa fourrure de mouton de la bête : tout y est même les cornes. Paul ferme les yeux et refoule une envie soudaine de vomir et se sauve en courant…Il faudra gérer les cauchemars de ce garçon les prochaines semaines. “c’est culturel Julien, c’est culturel”…
La viande est délicieuse. Un goût marqué de mouton qui a déjà bien gambadé mélangé à goût du cactus donne un résultat surprenant auquel Eva ne survivra pas: son estomac hispano Suisse criera au secours le reste de la nuit.
Invités d’honneur oblige, le doyen du ranch hérite de la partie la plus prisée du mouton a savoir la tete, et déguste les joues en se léchant les doigts. rite initiatique oblige il me tend une tortilla avec un sorte de morceau de viande dégueulasse dedant. La texture est fibreuse, filandreuse et pue le mouton. Gloups. j’avale. Habitué aux frasques chinois, il me regarde pour voir si je change de couleur. j’essaye de ne pas trop m’étrangler en lui glissant un” mmmmh, délicieux, merci!” il me dit avec un sourire de victoire: “tu viens de manger les couilles du mouton…”.
Voilà. Ça c’est fait. Il fallait passer par là pour que les locaux puissent se taper le bide en rigolant comme des baleines du bon tour qu’ils viennent de jouer au “petit blanc”. Finalement, on change de pays, et les farces ne changent pas. J’avais déjà eu droit au sang de serpent, aux couilles de chameau, il me manquait les couilles de mouton. Il paraît que ça aide la virilité. Au fond l’homme est un animal. Manger ou être mangé reste une de ses préoccuptions principales. Bon appétit….



