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On the road again 14 (featuring miss monde)

La lune imposante, pleine et orange, s’élève doucement sur un horizon de zone industrielle de fin du monde. Metepec, Lerma, villes fantômes. L’autoroute rugit de la sortie des usines et déverse ses voitures pressées vers le D.F. Comme à mon habitude, je quitte la frénésie pour me perdre dans les latérales. Je prends la tangente. La petite compétition automobile quotidienne a fini par me lasser et je laisse glisser la voiture tranquille. Comprendre que prendre le temps est un luxe bien plus appréciable que d’essayer de battre son record du parcours sur le défi boulo-maison…
Prendre le temps, un temps précieux que je n’ai pas. Les rues mal éclairées prennent des allures de projet raté. On sent que l’dée est là, mais la pauvreté, la pollution et une sorte de frénésie de construire a conduit à un amas de briques et de béton sans unité. Un gros sentiment de truc mal pensé heurte irrémédiablement, les maisons grises défilent, le trottoir essaye de suivre le développement chaotique en délimitant la latérale. Au feu de circulation, les voitures s’agglutinent. Lassitude.
Un peu plus loin, une blonde me regarde depuis son affiche énorme. Sa blondeur, et ses cheveux parfaits contrastent furieusement avec l’environnement.C’est donc ça ? on en revient aux pulsions animales? a l’animal. Je me demande quel taré du marketing a pensé judicieux de placarder ça ici, dans un quartier pauvre où les filles ont la peau mate et le cheveu bien noir . Peut-on vivre et ne pas devenir fou en rêvant à la jeune fille blonde comme idéal de beauté féminine dans ce coin paumé?
La blonde me regarde toujours, avec sa froideur et sa plastique. Nous sommes les deux immobiles, piégés dans ce petit drame du côté de Metepec. Heureusement pour moi le feu passera au vert bientôt, et je pourrai m’enfuir enla laissant a la pauvreté de sa moue sensuelle. Promesse de nuits torrides dans un monde dépourvu d’imagination et de créativité sur un bord d’autoroute. Rêve de camionneur. La photo peut faire mieux que ça…heureusement.
Le voyage d’Ulysse
La ville défile à travers les vitres. Je ne suis pas encore réveillé. Le chauffeur a fait un signe de croix quand la voiture a démarré. Protégés par les dieux rien ne peut nous arriver ou bien tout. Je ne sais plus. J’ai froid. Il a plu encore toute la nuit. Je viens de quitter un lit sommairement douillet pour enfiler un costume froid, dans une salle de bain froide. Pas eu le temps d’avaler un café, même froid, je manque trop de sommeil. Assis a l’arrière du taxi on file dans les ruelles défoncées d’un quartier cossu. Ici cossu veut dire terré derrière d’épais murs de garde. A chaque trou le chauffeur se faufile pour ménager sa monture fatiguée. comme moi. Je fouille ma veste. À la recherche d’un paquet de clopes. Ouf il reste quelques Malboros du paquet d’hier. J’en allume une vite fait. Le chauffeur s’en fout. J’entrouvre la vitre, juste ce qu’il faut pour balancer les cendres dehors sans tout me prendre dans la figure…l’air frais qui rentre ne suffit toujours pas à me réveiller.
Le chauffeur a rejoint une artère principale. Trafic d’enfer. Il connait son affaire, ne se laisse pas faire, ça joue des coudes. Je subis sans chercher à comprendre. Les feux rouges sont aussi décoratifs qu’à Shanghai, la nervosité est perceptible. Je donnerai n’importe quoi pour retourner dans mon lit. Il réussit quand même à se glisser péniblement jusqu’à l’entrée de l’autoroute. Discussion de taxi.
Ça roule pas mal ce matin,non ?
oui pas mal
Bof.
On n’avance pas des masses. Ma clope a fini de se consumer et a fini d’embuer mon esprit. On double des camions énormes dans l’interminable montée. Déjà Santa Fe… On laisse la ville derrière nous pour nous enfiler dans les montagnes. Je somnole gentiment, entre ville et montagne, l’autoroute serpente dangereusement, et le taxi slalome, double à droite, se rabat, freine. Le moteur peine à tous les démarrages, c’est qu’on est presque à 3100m. Le col passé apparaît l’énorme volcan de Toluca. Majestueux. Émane de son sommet blanchi par le givre du matin une sensation de sérénité.
On entame la descente, vertigineuse de courbes et de virages, plus périlleux les uns que les autres. On n’est pas rendu. La voiture serpente, hésite, repart. En habitué, le chauffeur maîtrise les virages à la limite, tout en roue libre pour économiser un peu de pétrole. Puis après lerma, s’ouvre la plaine qui rejoint Toluca. L’autoroute est maintenant bien droite et defilent les usines. Bordel, il faut que je finisse par émerger moi aussi, sortir de cette brume. Et battre le fer avant qu’il ne soit froid.
Home sweet home
Il faut imaginer une autoroute. Pas la petite autoroute de province, la grande. Celle qui mène à la capitale: DF. Ici tout le monde appelle la capitale DF, par snobisme puisque c’est plus long a prononcer que Mexico… Une autoroute bondée. Jour et nuit. Des camions de toutes tailles, des énromes Kenworth avec les échappements fumants le long de la cabine, des bus déglingués, et des tonnes de voitures qui convergent. Une autoroute sale. Bordée d’usines aux noms prestigieux…et juste entre deux stations essence se trouve le “Del Rey” qui n’a de royal que le nom. On dirait un motel sortit d’un film des frères Cohen, on dirait “no contry for old men”… On attend le psychopathe. Mais rien ne viens seulement des voitures. Elles filent et défilent toutes vers la grande ville. Et moi je suis la. dans cet hôtel perdu. Il parait que Mexico Districto Federal c’est mieux. Ce doit être la raison du rush permanent sur l’autoroute: fuir cet endroit…ca se tient! c’est logique…un jour moi aussi j’aurai mon auto a moi, pour aller m’entasser dans les embouteillages. il faut bien avoir des rêves. pour l’instant je marche en évitant les regards, on m’a dit d’etre prudent…on m’a dit de faire attention au grand méchant loup.


